Et si le bonheur n'existait pas ?

Younes Lahiaoui


Et si en effet, le Bonheur n’existait pas ? Hypothèse surprenante de la part d’une revue de développement personnel ; n’est-ce pas ? Et pourtant, je suis on ne peut plus sérieux…

« Heureux, tu seras ». Cette injonction raisonne aujourd’hui comme un 11ème commandement, auquel il faut impérativement se soumettre. Mais qu’apporte-t-elle in fine, autre que culpabilisation, frustration, mal être et auto-flagellation ?

Il suffit de revenir vers sa définition pour se rendre compte que ce « concept » sent fort le café : « Le bonheur est un état de satisfaction complète, caractérisée par sa stabilité et sa durabilité. » Il existerait ainsi un état permanent, où l’on serait dans une béatitude totale, imperméable aux souffrances, aux déchirements de la vie, à ses déceptions, à ses séparations, à ses saignements.

Et si le Bonheur, ainsi défini, stable et permanent, n’existait pas ? Pas plus que d’autres mythes savamment confectionnés par le besoin de la nature humaine de s’inventer des mythes et d’y croire ; comme ceux de la perfection par exemple, de l’amour inconditionnel, ou encore de l’Homme idéal. Et si le bonheur n’était pas un trophée mais un combat ? Si ce n’était pas une destination mais une quête ? Et si ce n’était pas la réponse à notre désespoir mais plutôt, une éternelle question ?

Nous ne nous sentons pas heureux ; pas tout le temps, pas n’importe où. Et si c’était parce que nous cherchons au mauvais endroit ? Là-bas, à l’extérieur... Le bonheur, s’il existe, ne serait-il pas déjà là, à l’intérieur de chacun ? Le bonheur, s’il existe, ne porterait-il pas d’autres noms ? Amour, épanouissement, réalisation, joie, reconnaissance, réussite, santé, confort, altruisme, spiritualité, résilience…


« Ce n’est plus d’être heureux que je souhaite maintenant, mais seulement d’être conscient. » Albert camus

Et s’il n’existait rien de tel que LE bonheur, et que nous parlions plutôt DES bonheurs ? Et même, de « petits » bonheurs. Ceux qui nous reconnectent à nos sens et surtout, à notre conscience que le bonheur est une expérience ; pas un sujet. « Le bonheur, c’est avoir dépassé l’inquiétude du bonheur » écrivait Maurice Maeterlinck. Lâcher prise sur la poursuite du bonheur, c’est peut-être là, en effet, le meilleur moyen de l’atteindre.