Le couple, une des expériences les plus apprenantes sur soi

Zineb Berrada


« Je ne peux te promettre l’amour qu’en fonction de l’amour que je m’accorde à chaque instant » Paul Salomon

Être en couple, se mettre en couple, vivre en couple… Autant d’expressions pour désigner ce qui est devenu une quête permanente de tout un chacun ; le couple comme un trophée, une sorte de saint-Grâal qu’il faut absolument décrocher pour, enfin, donner sens à sa vie et rentrer dans le moule socialement convenu. Soit. Mais la relation de couple est tout sauf une quête ; c’est une expérience à vivre dans le but de se réaliser, se révéler à soi et à l’autre. Malheureusement, le couple est également, un peu trop souvent, le théâtre de scènes d’autodestruction mutuelle, qui finit par perdre l’un et l’autre, dans le jeu infernal du dominant-dominé.


Les délices de la fusion


Quelque part, nous sommes tous à la recherche de notre unité originelle perdue ; un sentiment de grâce et de communion avec le Tout, que nous aurions connu avant notre incarnation terrestre. Le couple, cette union entre deux êtres dans une relation d’amour, nous permet de nous rapprocher de cette unité première, qui explique peut-être ce besoin irrépressible de fusionner avec l’autre pour ne plus faire qu’un. Simplement, la fusion n’est que le premier stade de la relation amoureuse ; une phase délicieuse qui nous offre de toucher à l’élan de l’être et de connaître des états rares, de grâce et de légèreté. Mais gardons bien en tête, que cette recherche de fusion et d’unité exprime également le désir profond que l’autre vienne nous compléter, nous réparer. Se réveille alors un désir inconscient d’instrumentaliser l’autre, de l’utiliser pour panser nos blessures narcissiques, nos manques, nos zones d’ombres ; l’amour devient alors un instrument et un jeu de pouvoir.


L’autre, dévoilé(e)


Car c’est après les premières phases de découverte et de fusion avec l’autre, que s’amorce une deuxième phase dans le couple ; celle où l’on commence à sortir de cette bulle à deux et où soudainement l’on se met à la recherche de notre moi, profond et singulier. On prend conscience également que l’autre a des besoins différents, et que ce n’est pas exactement la personne que l’on croyait connaître au départ. On comprend, doucement et inconsciemment, que cet autre ne pourra finalement pas guérir nos blessures profondes ; qu’il n’est pas outillé pour cela, et qu’il n’a simplement pas vocation à faire cela. Nous vivons tous cette phase de désillusion, en parfaits « handicapés du moi », en recherche permanente de l’autre pour nous réparer et nous donner confiance en nous-même, en la vie, en l’avenir. Le couple est le meilleur miroir qui soit pour nous révéler à qui nous sommes, nous donner des indicateurs sur notre stade de cheminement intérieur. Il peut nous révéler à nous même, être nourricier ou alors nous enfermer encore plus dans nos schémas et blessures archaïques, devenant ainsi, limitant et cloisonnant.


De la désillusion à l’alliance


Forts de ces prises de conscience, nous pouvons alors « écologiser » nos relations amoureuses, les raisonner, afin de sortir de la fusion et aller vers une alliance, saine et renforcée, verbalisée et consentie ; celle où l’on se sent aussi bien avec son conjoint, que seul avec soi-même.


1) Inutile d’en vouloir à l’autre au moment où le fusionnel s’arrête ; comprendre que cela fait partie d’un stade d’évolution du couple, et trouver de nouveaux repères, où il existe deux « je », et un « nous ».

2) Travailler sur sa connexion profonde à soi et au monde. Plus notre relation à nous-mêmes est intime, plus notre connexion au monde est profonde et spirituelle, et moins le besoin d’un Autre pour nous compléter.

3) Dépasser les jeux de rôles égotiques ; accepter plutôt sa zone d’ombre, son histoire. Effectuer un vrai travail de réparation, pour pouvoir mieux comprendre et dépasser ce qui se joue de nous dans le couple.

4) Nous questionner intérieurement sur notre relation avec l’autre. Cherchons-nous à construire, ou à vivre l’amour, car l’amour n’a rien à avoir avec la construction, c’est un élan profond du coeur, qui prend racine dans l’accueil et l’acceptation de ses propres dualités (ombres et lumières) et dans l’accueil total de celles de l’autre.