MENU

Découvrir sa mission de vie

Farah Benayad


« NE PAS S’EMPARER DU COURS DE SA VIE, C’EST RÉDUIRE L’EXISTENCE À UN SIMPLE ACCIDENT. » IRVIN D. YALOM

S’interroger sur la notion de mission de vie invite d’emblée à rejeter la croyance, selon laquelle nous ne serions sur terre que pour subir les hasards de l’existence, et que notre vie ne serait que le résultat de déterminismes, de contraintes, d’injonctions, et de prescriptions que nous imposent la société, notre entourage, nos environnements, à travers notre éducation, les valeurs et croyances dont nous héritons. Notre identité, notre évolution, nos réalisations, notre vie, ne sauraient nous être dictées uniquement par des forces externes ; nos choix et décisions propres, notre potentiel et notre volonté nous permettent également, de nous approprier et de prendre le contrôle de notre vie et ainsi, de lui donner du sens. N’excluons pas le rôle de la fatalité dans le déroulement de notre existence, mais n’en restons pas prisonniers non plus ; nous ne sommes pas les interprètes dociles et soumis d’un scénario écrit à l’avance ou les jouets des vicissitudes de l’existence.


 Être acteur de sa vie, c’est écrire son propre scénario, se fixer des buts, tracer un chemin. C’est remplir pleinement la mission de vie que nous nous attribuons nous-mêmes !


Nous y voilà !

Mais qu’est-ce donc que la mission de vie ? Qui la définit ou l’écrit ?

Comment procède-t-on ? Comment la remplit-on ?

Dans un cadre professionnel, formuler sa mission ne pose aucune difficulté. S’agissant de la mission de vie, il en va bien différemment, bien que, le postulat de départ étant intégré, intellectuellement, la notion de mission de vie est relativement simple à appréhender.


« DEVIENS CE QUE TU ES ! » FRIEDRICH NIETZSCHE

Cette injonction du philosophe allemand ne nous incite t- elle pas à trouver un sens à la vie, concept indissociable, voire qui se confond avec celui de mission de vie ? « Deviens ce que tu es ! » sous-entend que l’homme, tel qu’il existe, n’est « qu’un brouillon de lui-même, un inachèvement, une ébauche ». Nietzsche appelle donc l’homme à l’auto-dépassement. Cet homme « brouillon de lui-même… » ne serait-il pas celui qui, renonçant à un certain libre-choix, se contente de subir et de se soumettre à l’existence qui lui est imposée ? Refuser de céder à une vie mécanique désertée par l’esprit, c’est donner un sens à sa vie, vivre et réaliser sa mission de vie. Pourquoi suis-je ici ? Pour vivre quoi et comment ? Pour quels actions et buts à réaliser ? Selon quels principes et valeurs ? Selon quel cheminement, quelles voies emprunter ? Quelles passions vivre, quels rêves réaliser ? Quels talents développer ou utiliser pleinement ?… Autant de questions et de pistes à explorer pour trouver sa mission de vie. Dit autrement, la mission de vie serait la découverte d’un idéal à poursuivre, d’un but ultime à réaliser, d’une passion à vivre, d’un désir profond à assouvir, d’un enthousiasme débordant pour une activité… Le but d’une mission de vie serait donc de réussir sa vie, à ne pas confondre avec réussir dans la vie ; expression qui renvoie bien souvent à la réussite professionnelle et matérielle, peut-être nécessaire mais sûrement pas suffisante pour que les moments heureux l’emportent sur ceux qui ne le seraient pas. Ce serait de s’épanouir, d’être heureux de se lever le matin, d’apporter quelque chose d’utile aux autres… de trouver un sens à sa vie.


Il existe chez les Japonais, un concept très proche de celui de mission de vie, l’IKIGAÏ, équivalent de « ce pour quoi la vie mérite d’être vécue ». L’IKIGAÏ se trouve à la convergence de quatre éléments fondamentaux : Mes passions, mes talents, ce dont le monde a besoin, et ce qui me permet de gagner ma vie. Autrement dit, mon IKIGAÏ ou mission de vie pourrait être la réponse aux questions suivantes : Comment puis-je vivre mes passions, en utilisant mes talents, pour répondre aux besoins du monde et gagner ma vie ?



Pour vivre sa vie, nous n’avons pas d’autre choix que de creuser au plus profond de nous-mêmes afin de découvrir notre idéal et ce qui va le nourrir. Mais, pour donner plus de sens à notre vie, seule une démarche permanente s’avère efficace et réaliste. Confronter, au quotidien, nos résolutions, nos choix et nos actions au réel, reste sans doute le meilleur moyen de les ajuster et ainsi d’entretenir notre idéal de vie. Veillons également à ne pas nous enfermer dans une espèce de « carcan existentiel » qui oblitérerait toute possibilité d’adaptation ou d’évolution. En ce domaine plus qu’ailleurs, une certaine humilité doit également impérativement être de mise, en acceptant de ne pas être l’unique « sculpteur de notre vie ».