Oum, à l’écoute de sa voie

Solaire et gracieuse, simple et ancrée ; Oum semble directement converser avec l’âme des êtres qui croisent son chemin. Une voix envoutante, un regard ensorcelant, l’esprit vif et le ton émouvant, elle nous a reçu sereine et pieds nus, comme pour ressentir la vibration de la terre qui l’accueille et capter, par la plante du pied vers son for intérieur, l’essence même du précieux moment qu’elle nous offre.

Comme nous, ils sont des milliers à travers le monde à avoir succombé aux mille et un charmes de cette dame de cœur, qui n’a pas fini de nous conter ses cartes. Nous aurions pu faire l’interview avec Oum l’artiste ou Oum l’engagée, mais nous l’avons faite avec Oum, la Femme du monde, l’amoureuse de l’être humain et qui, ce faisant, nous indique (sans en avoir la prétention), ce que c’est qu’être simplement… humain.

Bonjour Oum. Quelle est votre météo intérieure aujourd’hui ?

Je dirais que c’est la 5ème saison. C’est une saison qui prend le meilleur de chacune des quatre autres, et enlève le pire ; car j’ai toujours trouvé dommage qu’il n’y en ait que quatre. C’est toujours bien de se créer sa propre alternative et de trouver son propre équilibre. J’essaye de maintenir cette saison en moi, avec sa météo, quoiqu’il arrive. Une 5ème saison plutôt proche du printemps. Je suis née du printemps ; les couleurs, la naissance, la renaissance… Disons que dans ma 5ème saison, il y’a un peu plus de la moitié du printemps (rires).

Une 5ème saison, comme une saison parfaite ?

Non, je ne recherche pas la perfection. D’ailleurs, pour faire le parallèle avec la musique, j’étais auparavant dans une dynamique qui ressemblait plus à de la performance vocale, à de la prouesse. C’est une très bonne école car ça te permet aussi de connaître tes capacités, tes limites. Mais je me suis rendue compte par la suite que ce n’était pas ce qui m’apportait de la satisfaction. Aujourd’hui, je ne suis vraiment plus dans la « performance », ni dans un spectacle à sens unique, où il y’a des gens qui reçoivent, regardent, subissent. Je suis plutôt dans une optique d’accueillir ce qui se présente à moi ; d’être de plus en plus dans l’ordinaire, dans le semblable à mes semblables. C’est tellement rassurant de se sentir ‘ressemblant’, d’enlever cette barrière de « toi tu es sur la scène et eux sont devant toi ».
C’est d’ailleurs avec cette philosophie qu’on a fait le dernier disque « Zarabi » ; en acceptant tout ce qui allait venir. Nous sommes allés enregistrer dans le désert, en plein air, sans casques ni retours. Il y’avait du vent, sous un soleil de plomb ; l’ordinateur a d’ailleurs planté ! Mais c’était important pour que l’on s’accepte et que l’on se connaisse davantage. On a fait plusieurs prises et on s’est mis d’accord pour que rien ne soit retouché, quoi qu’il arrive. On allait simplement choisir par la suite, la meilleure prise selon nous. Nous avons même quitté le désert sans même avoir écouté la moindre prise !
Donc finalement c’est ça, c’est justement la recherche de la ‘non perfection’ et de l’acceptation de tout ce qui peut venir à nous. Et ça marche ! C’est comme si l’univers ressentait cela et nous le rendait bien.

Chercher l’authentique, accueillir les choses comme elles viennent ; ça vous caractérise beaucoup non ?

Je les accueille oui… c’est l’humain ; simple et complexe à la fois. C’est magique ; à chaque rencontre l’occasion de se découvrir, de se redécouvrir, de se surprendre, de se décevoir. C’est un cheminement. Je suis personnellement très observatrice de moi-même et de ce qui m’entoure. Ce n’est pas du narcissisme ; je ne m’observe pas pour voir si je suis jolie ou si je chante bien, je m’observe pour voir ce qui change en moi face à une situation, et j’essaye d’équilibrer mon comportement pour rester en adéquation avec moi-même. Quand tu es sur scène, il n’y a pas de recette pour décréter que tu vas maintenant émouvoir le public ; tu ne peux pas décider.

Mais alors, quel est le secret pour émouvoir les gens ?

C’est d’être ému soi-même, parce que l’émotion est quelque chose qui te dépasse, qui sort de toi et que les gens voient. La langue ou la nationalité n’ont aucune importance.
L’émotion qui sort de toi touche forcément les gens. Au fait, tu es ému quand il se passe en toi un phénomène qui n’émane pas de ta volonté, c’est quand tu pleures, que tu ris aux éclats, que tu as peur, que tu doutes et ça, ça se voit, ça se lit, ça se transmets.
J’aime aussi beaucoup l’approche sensorielle. Au lieu de juste écouter la musique, on pourrait la voir, manger ses couleurs… Quand j’écris des chansons, j’aime cette liberté de mettre des images sur ce qui n’est pas une réalité palpable, mais que rien ne m’empêche d’en faire une réalité, le temps d’une chanson, d’une journée, d’une vie… ?

Si j’enlève votre métier, votre rôle d’épouse, de maman, que reste-t-il ?

Il reste une toute petite fille et une vieille dame. Il reste beaucoup d’affection et de bienveillance envers les autres. Et ça, ça fait partie de la magie de l’être humain : tu peux faire beaucoup de bien sans rien faire de ‘spécial’ ; simplement en étant à l’écoute d’une personne, la regarder d’une certaine façon, lui dire bonjour. C’est pour moi la base de tout, car quand on se sent aimé, on a confiance, et quand on a confiance, on n’a pas peur de ce qui peut arriver. Pour moi, tout le monde va un peu mal, mais c’est dans les cordes de n’importe qui de faire du bien pour changer ça. Tout le monde serre la main de tout le monde, mais pas tout le monde ne la serre de la même manière.

Si Oum avait une mission de vie, ce serait laquelle ?

M’éduquer au meilleur. Continuer à apprendre, à voyager pour me rendre compte moi-même, pour voir et écouter.

Si je vous dis, « Le féminin sacré », qui est la thématique de ce numéro. Qu’est ce que ça vous inspire ?

Féminin sacré, je trouve ça très riche comme expression. Pour moi, dans féminin il y’a humain, et dans l’humain il y’a du sacré. Le sacré, je ne le vois pas forcément d’ordre divin, mais plutôt dans le sens de quelque chose de rare et d’unique. Dans sacré, j’entends aussi ‘secret’. La féminité n’est pas un genre, mais une nature. C’est féminin comme beaucoup de choses ; la terre sur laquelle nous marchons et à laquelle nous retournons, le mystère de la rondeur de la terre, sans oublier la maternité, l’enfantement. Chez les femmes, il y’a aussi une force qui peut relever du sacré et du secret ; c’est la force de ne pas dire toutes les difficultés et douleurs qu’elles traversent. Et ce n’est pas parce que quelqu’un leur demande de ne pas le dire. On ne se plaint pas, on porte, on supporte, et on traverse les épreuves, en secret. Et ça, je trouve que c’est assez puissant, car c’est être quelque part dans une conscience relativement élevée, même quand on ne le sait pas. Et les femmes comme ça, on se plait à les côtoyer.
Dans féminin sacré, enfin, je vais dire qu’il y’a quelque chose de vieux, d’ancien, d’organique et de géographique. On a souvent tendance à oublier qu’on est des africains. La femme éduque, transmet une culture, une langue, une façon d’être. On s’inspire de sa mère, c’est le premier humain dont on ne s’est pas méfié, donc on la regarde comme un exemple, voire comme un premier miroir.

Qu’est ce qui vous donne de l’émotion, vous qui en donnez tellement aux autres ?

Les gens, bien sûr. Puis des instants et des espaces temps qui nous dépassent, qu’on ne maîtrise pas, et qui peuvent nous faire peur. Le passage de la nuit au jour, la profondeur de la mer, les nuances de couleurs dans le même océan. Comme s’il y’avait quelque chose de cachée à lire, et qu’on ne sait pas encore lire. Lorsqu’on commence à avoir peur, il faut être admiratif je pense, et prendre conscience que l’on est en train de vivre quelque chose de précieux.

 

Petite tradition NAFS Magazine : J’ai envie de vous faire réagir sur certaines sagesses…

« Un arbre qui tombe fait plus de bruit que toute une forêt qui pousse » Proverbe africain.
On oublie de s’apercevoir qu’on grandit, dans le corps ou dans l’âme, mais on ne s’en rend compte que lorsqu’un être cher meurt ; ça fait plus d’impact. Pareil pour la forêt, elle pousse en silence, on la traverse sans véritablement la voir et pourtant, pour attirer notre attention, il faut qu’un grand arbre tombe et fasse du bruit. Ça dit de nous qu’on est un peu somnambules ; on avance un peu endormi et les yeux ouverts, jusqu’à ce qu’un grand bruit nous réveille.

« Hier j’étais intelligent et je voulais changer le monde. Aujourd’hui je suis sage, et je veux me changer moi-même » Djalal Eddine Rûmi
Pour moi, le recentrage sur soi est essentiel, c’est comme faire ses ablutions avant de rencontrer le monde. Ne serait-ce que par respect aux gens qui viennent me voir, je m’habille et me prépare pour eux, je veux les contaminer avec ce qui est en train de m’arriver sur scène. Ensuite je vais à leur rencontre, je les prends dans les bras. C’est très puissant, il y’a des personnes qui sont venues à mes concerts, on s’est juste parlé quelques minutes mais je ne les oublierai jamais.

« Ce que les autres te reprochent, cultive-le parce que c’est toi » Jean Cocteau

Pas forcément ; ça dépend de qui sont ces autres. Certains d’entre eux sont un peu nous-mêmes, non ? Après, il y a l’importance qu’on accorde à l’avis des autres, aux reproches. Pour moi, faire un commentaire à l’autre est quelque chose qui doit se demander d’abord. Moi je ne le fais jamais sans autorisation ; et si ça m’arrive, parce que je suis très très proche de la personne, je vais commencer par installer beaucoup de confiance. Il faut faire attention avec ça, faire des reproches c’est amener l’autre à douter de lui, comme s’il ne doutait pas suffisamment tout seul.

« Le 21ème siècle sera spirituel ou ne sera pas » André Malraux
On prononce tellement facilement le mot ‘spiritualité’ que moi, je m’en méfie. On lie aussi la spiritualité au religieux. La chose spirituelle pour moi, c’est juste d’être dans la proximité avec l’entourage, la nature environnante, l’air, le ciel, le soleil, ce qui nous échappe, ce que l’on ne comprend pas. La spiritualité c’est être ouvert, à l’écoute, ouvrir les portes et accompagner les êtres qui nous entourent ; accepter, accueillir et être prêt à ce qui pourrait se présenter, de bien comme de mal. La spiritualité c’est d’être dans une démarche d’apprentissage, qui ne finit jamais. La spiritualité n’est pas un don qui te tombe dessus ou que tu hérites, c’est une prise de conscience qui se fait parfois dans la difficulté. Il n’y a pas de naissance qui se fasse sans cri ni douleur.

 

Interview réalisée par Younes Lahiaoui
Photos : Lamia Lahbabi

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