Conte : Le vizir et la mort

Le khalife Haroun el Rachid, un matin, vit arriver son grand vizir hors d’haleine, l’air épouvanté.

Le vizir lui dit :

– Je t’en supplie, laisse-moi quitter Bagdad à l’instant même, pour que j’aille me réfugier à Samarkand.

– Pourquoi ? lui demanda le khalife.

– Parce que, en venant ici, sur la place, j’ai rencontré la mort. Avec sa grande écharpe rouge. Elle m’a regardé et ses yeux m’ont fait peur. Elle me cherche, j’en suis sûr. Laisse-moi partir.

Le khalife le laissa partir. Le vizir sauta sur son meilleur cheval et galopa vers Samarkand. Le khalife, alors, comme il le faisait quelque fois, se déguisa en mendiant et sortit. Il alla jusqu’à la place et là, en effet, il aperçut la mort, qui allait d’un groupe à l’autre, touchant une épaule au passage, ici ou là. Malgré son déguisement, elle le reconnut et s’inclina devant lui.

Il lui demanda :

– Mon grand vizir est un homme efficace, dévoué et je pense, honnête. Alors, pourquoi, ce matin, lorsque tu l’as rencontré, l’as-tu regardé pour lui faire peur ?

– Mais je n’ai pas voulu lui faire peur ! répondit la mort. Simplement, quand je l’ai vu, j’ai été très surprise de le voir ici, car j’ai rendez-vous avec lui ce soir à Samarkand.

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